Lundi, pour la première fois de l’histoire, le seuil de 4 400 dollars (3 488 francs suisses) l’once a été franchi (soit environ 113 000 francs suisses le kilo). Et selon les experts, tous les ingrédients sont réunis pour que 2026 soit également une année favorable.
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L’un des principaux facteurs expliquant le niveau élevé des prix est, et demeure, l’incertitude mondiale. Celle-ci englobe les conséquences de la politique douanière du président américain Donald Trump, encore difficiles à évaluer, ainsi que les nombreux conflits géopolitiques, notamment la guerre en Ukraine.
En ces temps incertains, l’or demeure la valeur refuge par excellence pour protéger un portefeuille et préserver sa valeur. Une approche qui, de surcroît, traverse les siècles, preuve que rien n’a changé : dans la Rome antique, une once d’or permettait d’acquérir une tunique élégante ; aujourd’hui, avec la même somme, on peut s’offrir un costume raffiné.
Mais les banques centrales jouent également un rôle important. Le dollar américain étant la monnaie de référence mondiale, il a longtemps été la monnaie de réserve par excellence. Cependant, une tendance se dessine depuis peu parmi les banques centrales des pays émergents : le rejet de la suprématie du dollar. L’or leur sert alors de substitut.
D’après les calculs des experts de la société d’investissement VanEck, les banques centrales du monde entier sont acheteuses nettes d’or depuis 2022 et en stockent plus de 1 000 tonnes par an. Cette tendance s’est poursuivie en 2025, avec environ 700 tonnes déjà en stock fin octobre, selon le producteur d’or Heraeus. Ces achats soutiennent fortement le cours du métal précieux.
En Chine notamment, l’abandon du dollar fait partie intégrante de la stratégie et les achats actuels pourraient même dépasser les chiffres officiels, estime Arthur Jurus, directeur des investissements de la banque privée Oddo BHF Suisse. Selon Commerzbank, les réserves d’or des banques centrales ne devraient toutefois pas augmenter indéfiniment. En effet, ces réserves sont traditionnellement destinées à garantir le commerce extérieur et à fournir aux importateurs suffisamment de devises étrangères pour régler leurs achats : une mission difficilement réalisable avec l’or.
Il y a ensuite la politique monétaire : des taux d’intérêt plus bas entraînent une hausse du prix de l’or. En effet, des taux d’intérêt réels faibles rendent le précieux métal, qui ne génère en soi aucun revenu, plus attractif. Et en 2026, les taux d’intérêt devraient continuer de baisser, du moins aux États-Unis.
Dans ce contexte, le nouveau président de la Réserve fédérale jouera un rôle déterminant. Le successeur le plus probable de Jerome Powell est Kevin Hassett, un fidèle partisan de Trump et donc garant des baisses de taux d’intérêt maintes fois réclamées par le président américain. Jusqu’à la fin du mandat de Powell en mai, la situation des taux d’intérêt pourrait rester stable.
IG Markets avance une autre explication aux tendances actuelles, quoique moins fondamentale. Aux États-Unis, les élections de mi-mandat approchent et, d’après les statistiques, ces années sont favorables à l’or, explique Christian Henke, analyste de marché en chef. Durant ces périodes, la volatilité augmente, la demande d’actions diminue et les investisseurs se tournent vers des valeurs refuges.
Mais quel sera le véritable niveau du marché de l’or en 2026 ? Henrik Marx, directeur des ventes chez Heraeus Precious Metals, table sur une fourchette de prix comprise entre 3 500 et 5 000 dollars l’once. D’autres experts prévoient également de nouvelles hausses de prix, peut-être après une pause, compte tenu des niveaux déjà élevés. Les estimations varient de 4 500 dollars chez Oddo BHF à 4 950 dollars chez Deutsche Bank. Parallèlement, de nombreux experts restent prudents : si, par exemple, la guerre en Ukraine prenait fin ou si d’autres événements venaient à freiner le désir de sécurité, une forte correction ne peut être exclue.
